British Côte d’Azur

18 mai 2008

J’étais passé rapidement par Brighton (il faut dire “Brighton and Hove” depuis que les deux communes ont fusionné) il y a une dizaine d’années, et j’avais gardé le souvenir d’une ville gentiment endormie sur son passé. De magnifiques façades en front de mer et une “promenade des Anglais” arpentée par de vieux couples peut-être nostalgiques de la splendeur d’autrefois (la splendeur de l’Angleterre, la leur peut-être aussi).

Et cette fois, surprise ! Le “Brighton Festival” bat son plein, la plage est noire de monde, des Pakistanais et des étudiants très Bristish organisent des pique-niques sur les pelouses, la communauté gay a revitalisé les boutiques, les lounge-bars, les boîtes de nuit…. Bref, Brighton, à une heure de train de Londres, est devenue une ville à la mode. Paul Morand raconte que Brighton a jadis inspiré et influencé Nice. Mais, en 2008, il est clair que si l’on cherche de la diversité, de la vie, de la créativité, mieux vaut vivre à l’ombre de l’extravagant Pavillon Royal construit par Georges IV qu’au pied du Negresco…


“Donne du rhum à ton homme…”

12 mars 2008

Le Moule (Guadeloupe) - La distillerie se visite librement. Dans un coin un tracteur Massey-Ferguson des années 50 rouille tranquillement au soleil. Des camions déchargent leur cargaison de canne à sucre aussitôt avalée par un énorme broyeur. Et il y a ce mur peint à la gloire du rhum… On a un peu de mal à imaginer les lieux à l’époque de l’esclavage, la sueur des hommes et des femmes, les ordres, les maîtres blancs… Tout cela peut sembler loin. Difficile cependant de ne pas voir que tout ce qui fonctionne plus ou moins ici est géré par des “métros”. Une ambiance de type “post-colonial” qui placerait les Guadeloupéens en situation d’assistés. Gênant…


L’Histoire au bout du pont

1 décembre 2007

Sarajevo - C’est alors qu’il passait devant ce pont, le 28 juin 1914, que l’archiduc François- Ferdinand d’Autriche, fut assassiné par Gavrilo Princip, événement qui déclencha la première Guerre mondiale. Je suis de passage par Sarajevo pour deux petites journées et je me rends compte que je n’avais jusqu’à présent jamais photographié ce fameux pont. Il a été rénové. Depuis longtemps déjà (après la guerre de 92-95 exactement) on a enlevé la plaque qui rappelait que l’assassinat de l’archiduc avait été commis par un serbe. Mieux vaut ne pas attiser bêtement les tensions ethniques régionales. Pour les visiteurs (on a encore un peu de mal à parler de “touristes”), un petit musée a été réinstallé à proximité, face à la Miljacka, la rivière peu profonde qui traverse la ville. Les Sarajéviens, rarement en panne d’humour, racontent parfois une blague qui circulait pendant le siège de la ville, alors que les habitants espéraient toujours une intervention internationale. Il se disait alors que “cette fois çà y est : la 6ème flotte américaine est entrée dans la Miljacka !”.


On the road again…

27 juillet 2007

Nullarbor Plain (South-Australia) - Rouler. Fixer la ligne d’horizon et se dire qu’on est parti pour 12 heures, 14 heures de route, peut-être davantage le premier jour. Autant sans doute le lendemain. Après Nundroo, il n’y a plus grand chose à voir. Juste un ruban de bitume bordé de carcasses de kangourous, une petite halte pour observer les baleines, et on continue jusqu’à Norseman. Un salutaire lavage de cerveau. Se laisser doubler par les “road trains”, les rattraper et les croiser à notre tour. Jeu de beauf.


“Bois l’eau de la fontaine…”

13 mai 2007

Sarajevo - “Bois l’eau de la fontaine de Bascarsija, et tu reviendras ici”, dit-on à Sarajevo. C’est confirmé : bien des fois j’ai bu l’eau de la fontaine au centre de la place de la vieille ville, et me voici de retour. Les pigeons, les échopes qui attendent les rares touristes, les minarets fièrement dressés vers le ciel, le petit café “bosniaque” que l’on sirote tranquillement en observant les passants… rien n’a changé. Sarajevo l’éternelle. Depuis mon dernier passage (voici à peine un an) de nouvelles tours cranent au mileu des anciens hlm de la période Tito. Le Parlement, soigneusement détruit au début de la guerre et dont le squelette faisait figure d’épouvantail au bord de l’ex-Snipper Alley, est reconstruit. Les Sarajéviens (et les Sarajeviennes !) étaient skotchés hier soir devant leur petit écran, comme hypnotisés par le concours de l’Eurovision. C’est une chanteuse de Serbie, Marija Serifovic, qui l’a emporté. Et ici, les gens ont l’air contents. La Serbie, c’est quand même les Balkans. “Ils ont les meilleurs musiciens” concède un chauffeur de taxi. Je n’ai pas entendu de propos désagréables. Je n’en tire pas pour autant de conclusions sur une quelconque réconciliation régionale. La musique est ici, plus qu’ailleurs peut-être, un vrai dénominateur commun. Il y a cinq ans à peine, dans un bar de Ljubljana, j’ai entendu des garçons et des filles chanter avec passion et une vraie nostalgie les succès de Dino Merlin, star de Sarajevo, star de la Yougoslavie perdue à jamais.


Bonn, capitale africaine

7 mai 2007

Coucher de soleil sur Bonn. Des hauteurs du Petersberg on distingue vaguement la ville au loin. Le Rhin serpente entre les arbres et quelques immeubles qu’on devine modernes. En fait on ne sait pas très bien où l’on est. On se surprend à imaginer des hippopotames sur les eaux calmes du fleuve. Et là-bas, au fond, ne sont-ce pas des baobabs ? Les agences qui proposent des safaris à bas prix ne sont peut-être pas très loin. A Köln, à quelques kilomètres d’ici, le spectacle “Africa, Africa” fait salle comble. L’Allemagne, inattendue destination exotique.


Cinquante ans plus tard (1957-2007)

27 avril 2007

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C’est mon premier séjour à Alger. Mon père était ici il y a cinquante ans, en uniforme de l’armée française comme bien d’autres. En fait, il n’était pas ici. Il était caserné à une cinquantaine de kilomètres d’ici et il a tout fait pour éviter de venir à Alger par crainte des attentats. Il n’a donc pas vu “Alger la blanche”. La blanche et bleue devrait-on dire depuis que les volets et les balcons des immeubles bourgeois ont été peints aux couleurs du ciel. Il n’a pas remarqué à quel point la cité ressemble à Marseille. Bien sûr Alger en 2007 n’est pas l’Alger de 1957. On me montre la statue d’Abd El Khader, fièrement dressé sur son cheval face à la Librairie du Tiers Monde, et qui a détrôné celle de Lyautey. Je m’enfonce dans les ruelles et les marchés couverts derrière la place du 1er mai. Personne ne m’ennuie, personne ne veut me vendre quoi que ce soit à tout prix. La promenade est agréable. Les gens ici sont gentils, attentifs, ni serviles ni obséquieux. Sans les policiers omniprésents et les contrôles réguliers aux carrefours ou sur les grands axes, on penserait volontiers qu’il doit faire bon vivre ici. Je vais boire une bière au Saint-Georges (pardon : à l’Al Djezzair). Sur la terrasse, des hommes d’affaires bronzés et bien peignés ont l’air d’avoir tout le temps devant eux. On est ici à mi-chemin entre l’Afrique et l’Europe. Il me faudra revenir. Descendre vers le Sud, vers le désert, contempler l’immensité du Sahara.


L’Algérie : occupée jusqu’en 1962. En dérangement depuis…

27 avril 2007

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Alger - Le mot est cruel et il est de Dilem, un des caricaturistes algérois les plus célèbres. “Jusqu’en 62, l’Algérie était occupée. Depuis, elle est en dérangement”. Et on se dit qu’il n’a sans doute pas tort. Lorsqu’on parle ici avec les uns et les autres, lorsqu’on marche au hasard des boulevards, parmi les immeubles blancs aux volets bleus, on sent bien que quelque chose ne tourne pas rond.

Il y ici comme un manque de maturité (tiens, comme à Istanbul…), comme un manque de confiance en un quelconque avenir… Cette “maison de la presse” par exemple. Dans cette ancienne caserne datant de l’ère coloniale les journaux (pas tous mais presque) sont regroupés, histoire, dit-on, de les mettre à l’abri du terrorisme. L’ambiance est étrange. On trouve ici sur quelques mètres carrés, parquées entre des murs vieillots et sans confort, les rédactions de quotidiens d’opposition et celles de journaux proches du pouvoir. Tout le monde se croise, se connait, s’échange des infos, des tuyaux. Le tout à l’abri d’une épaisse muraille aussi bien gardée qu’un camp militaire. Ce qui n’a d’ailleurs pas empêché que voici quelques années, dans ces couloirs, dans ces bureaux, des journalistes soient assassinés en pleine journée.

Tout le monde semble en avoir assez de cette situation. Mais qui fera le premier pas pour que cela change ? Le pouvoir en est encore à prendre des décisions sur un mode dirigiste d’un autre temps. On décide, on décrète d’abord, et on consulte ensuite.

Il faut aller sur le port pour retrouver un peu d’air frais, une envie de bouger, profiter des odeurs et couleurs. Regarder la Méditerranée et sentir que l’on est relié au monde. Se dire que vivre est possible. Inch’Allah !

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Dans la bulle stambouliote

11 avril 2007

Istanbul - Alors, c’est l’Europe ou pas ? Je n’ose plus vraiment poser la question aux jeunes Stambouliotes. Certains, peut-être agacés ou déçus par les discours véhiculés en France (notamment), disent que de toutes façons pour eux le sujet est dépassé. Istanbul, expliquent-ils, ce n’est pas l’Europe, ce n’est pas vraiment la Turquie, c’est simplement mais clairement Istanbul. Un monde en soi, un univers, un Grand Tout Orientalo-Occidental, coupé en deux par le Bosphore.

On aimerait se dire qu’ils ont raison. Les boîtes de nuit, même si elles restent “raisonnables”et bien surveillées, sont pleines. Le tramway est plus moderne que celui de bon nombre de grandes villes “européennes”. Le trafic incessant de bateaux-bus entre Eminonü, Uskudar, Beziktas ou Ortakoy témoigne d’une ville en perpétuel mouvement. Les gratte-ciels donnent à certains quartiers des allures de Manhattan balkanique. Les centres commerciaux sont insolents d’abondance. Le festival du film précède celui de la “tulipe” (sic) qui lui-même cèdera sa place au congrès mondial des maires. Manifestement ça bouge ici et en dix ans cette mégapole de quinze millions d’habitants a considérablement évolué.

Mais ce petit monde qui se voudrait à part n’est pas le paradis pour autant. Il y a, par exemple, cette présence policière un tantinet trop lourde. Pourquoi fêter ostensiblement le 162ème anniversaire de la police ? Pourquoi ces portraits d’Ataturk encore et toujours partout, dans les magasins, sur les places, à l’entrée des bâtiments publics ? Pourquoi aussi cette communication difficile entre hommes et femmes, si bien illustrée dans Les Climats, le film de Nuri Bilge Ceylan ?

“Ce pays n’est pas mûr et c’est pourquoi ce n’est pas toujours facile de vivre ici” explique un ami. Peut-être a t-il raison. En passant devant le lycée Galatasaray je regarde les gamins, gais et insouciants, agrippés à l’arrière du petit tramway rouge qui remonte la rue Istiqlal. J’ai envie de courir comme eux. Je me dis que je devrais m’enfoncer dans la ville, me perdre dans ses ruelles, me cacher sous les tréteaux des commerçants du Grand Bazar, me faire oublier et vivre planqué dans cette gigantesque bulle, bercé par les sirènes des navires, les klaxons des taxis, le cri des mouettes.

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C’est une révolte ? Non Sire, c’est un carnaval !

3 mars 2007

Manifestation, révolution ou carnaval ? Au royaume de Belgique, tout peut arriver près de chez vous, comme ici à La Louvière, un soir de “soumonces générales”.